quinta-feira, 19 de junho de 2014

PERSEGUIÇÕES AOS JORNALISTAS

«Journalistes : votre temps est compté !

Lundi 16 Juin 2014 à 05:00 | Lu 27145 fois I 51 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Précarité croissante, presse écrite en crise, le journalisme connaît une mutation difficile dans un marché qui cherche encore son modèle de développement. Une étude sur les récents journalistes encartés détaille l'ampleur du chantier à mener. Selon elle, moins d'un tiers des détenteurs de cartes de presse feront une carrière longue.


REVELLI-BEAUMONT/SIPA
REVELLI-BEAUMONT/SIPA
De nos jours, le journalisme est une activité qui mène à tout… surtout à sa sortie. C’est le résultat d’une étude sur la carrière des journalistes entrés dans la profession en 1990, 1998 et 2008, menée par une chercheuse de l’Institut français de presse. Carrières courtes, précarité croissante, presse écrite en régression, le journalisme s’atomise dans un contexte marqué par la« diminution de la production de l’information ».   
  
Sur les 36 000 journalistes qui obtiennent la carte, moins d'un tiers feront une carrière longue. Et les carrières continues sont très minoritaires. Durer plus de dix ans de suite dans la profession relève presque de l’exploit : pour les encartés de 1990, les carrières continues sur onze ans ne concernent que 39% de la profession. Une proportion qui tombe à 29,5% sur dix-huit ans. Autant dire qu’il est exceptionnel de durer dans le métier malgré ce que peut laisser penser ces quelques éditorialistes qui peuplent depuis des lustres, à en prendre la poussière, les journaux, plateaux télé et studios de radios. 
  
Difficile de durer donc, d’autant que l’écrémage est déjà très violent dès le début de la carrière. Les contrats précaires (piges, CDD, contrats de qualif) n’ont cessé de progresser depuis 1990, les stages se sont progressivement imposés comme la principale  expérience préprofessionnelle. Dans le même temps, la proportion de CDI en début de carrière s’est littéralement effondrée : passant du déjà pas très important 8,4% en 1990 au ridicule 1,9% en 2008.  
  
La carrière moyenne des journalistes est aujourd'hui de quinze ans. Christine Leteinturier, sociologue à l’origine de l’étude explique notamment cette précarisation par l’absence de diversification d’une profession qui, en France, a tendance à se limiter au champ de l’information générale et politique :« Ce champ est généralement considéré comme un idéal, idée que véhiculent les écoles de journalisme et à laquelle adhère la plupart des étudiants en journalisme. Ce marché est pourtant en réduction importante. En revanche, les étudiants se tournent difficilement vers les marchés de l'information spécialisée (information sociale, juridique, économique, scientifique, etc.), qui ont pourtant de réels besoins sur les deux dispositifs complémentaires que sont le papier et le web. Ces marchés spécialisés ont entamé une restructuration de l'information sur le web, avec plus de succès que le marché de l'information générale et politique. Il faut donc que les étudiants fassent le deuil de cette idée de l'excellence du journalisme ». 

Un chantier technologique, éditorial et politique 
  
Peur sur la presse. Et peur dans la presse où s’installe le même pessimisme que dans l’ensemble de la société française. C’est toute l’identité d’un groupe professionnel qui « se brouille, se transforme et s’atomise avec une hétérogénéité croissante des situations professionnelles et des écarts de position accentués par l’individualisation constante des statuts », alors que le futurbusiness model de la presse écrite, auquel le numérique offre une multiplicité de possibles solutions, reste à inventer.  
  
Etonnamment, alors qu’on assiste au développement d’une profusion des sources d’information, l’étude constate pour sa part « une diminution de la production de l'information », qui dit bien la« prudence » à l’œuvre dans le métier. Une « prudence » qui explique certainement la désaffection croissante des lecteurs vis-à-vis de la presse d'information générale et politique. Mais au-delà du simple constat, se pose la question bien plus large de la transformation des formes de « consommation » de l’information, elle-même liée à la vision que les citoyens ont de la politique. Vaste chantier.» (In «Marianne»)  

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